Bruno Gadrat
Architecte paysagiste, professeur adjoint à l'École
d'architecture de paysage
mars 1997
Travail professionnel à l'origine
On pourrait remonter dans l'histoire du calcul
mécanisé pour retrouver l'origine des ordinateurs
(1) mais on retiendra que l'ENIAC en
1945 est la première machine capable de prendre des
décisions qui ait réellement été
utilisée et qui peut se mériter le nom d'ordinateur.
l'ENIAC pesait 30 tonnes et occupait 72 mètres carrés.
Pendant une trentaine d'années, les ordinateurs vont faire des
progrès mais resteront des machines lourdes utilisées
par des spécialistes, programmées par des
spécialistes pour des usages professionnels. Il est difficile
de placer un vrai début à la micro informatique
(2) sauf à se référer
à l'apparition des micro-transistors mais c'est fouiller dans
les entrailles des machines et cela reste encore l'affaire de
spécialistes.
L'ordinateur personnel devient possible dans les années 70
Le développement de la micro-informatique personnelle
devient possible dans la fin des années 70 avec la
réduction des éléments électroniques et
de leurs prix mais aussi avec l'idée que la programmation
pouvait sortir du cercle restreint de spécialistes. En 1977,
l'Apple
IIe fait partie de ces nouveaux ordinateurs destinés au
particulier. On le pilote avec un langage "Basic" à la
porté de tous. Cette accessibilité rend l'ordinateur
"personnel". Au début des années 80, c'est
l'effervescence, chaque constructeur va de son modèle. L'IBM
PC
voit
le jour en 81 sur la philosophie d'une boite minimale extensible au
gré des goûts personnels. En fait, c'est un ordinateur
qui n'a de personnel que le nom, car il faut être
sérieusement formé pour pouvoir l'utiliser seul. Les
prix sont très divers de 100$ pour le ZX81 de Sinclair
à environ 9000$ pour l'IBM PC en passant par un peu plus de
3000$ pour l'Apple II. Le jeu et la programmation
deviennent
les utilisations principales des machines à bas prix.
L'utilisation professionnelle développe les premières
applications de bureautique autour de la manipulation du texte et des
chiffres.
Les qualités personnelles et professionnelles des premiers micro-ordinateurs
L'ordinateur est devenu personnel par la possibilité de le
commander, de lui donner un ordre dans sa langue et qu'il
l'exécute servilement. On retrouve dans ces ordres à
l'ordinateur le niveau personnel avec des langages accessibles comme
le Basic et un niveau professionnel
avec des langages plus obscurs comme le langage machine. En pratique,
donner quelques commandes à un ordinateur reste du domaine
personnel, mais dès que l'enchaînement des commandes
devient long, le côté personnel de l'individu
s'épuise, trouve qu'il passe trop de temps à nourrir la
machine pour pas beaucoup d'efficacité à faire ce que
l'on a envie de faire. Ce qu'on a envie de faire c'est notre oeuvre
pas de nourrir "la bête".
Une vision simple de la machine et de l'intelligence qui se complexifie
Avant les années 80 on séparait volontiers l'ordinateur en deux parties une partie matérielle stable, solide, physique et une partie logicielle changeante, fragile, intelligence de l'homme dans l'ordinateur. Ces deux parties bien distinctes l'une de l'autre restaient chacune compacte et indifférenciée.
Avec la première moitié des années 80 on découvre que ces deux blocs ne sont pas aussi compacts qu'il y parait.
Côté machine si les relations sont bonnes entre
l'ordinateur et les principaux périphériques qui
servent à faire tourner la machine (écran, clavier,
lecteur disquette), elles ne sont pas vraiment au beau fixe avec
l'imprimante qui
imprime ce qu'elle peut et essentiellement des lettres. Il n'est pas
facile de s'identifier à ce résultat imprimé
sauf à être en accord avec les symboles
alphanumériques et leurs significations.
Côté logiciel, le système d'exploitation de la
machine reste assez discret et mystérieux, se met en route
suffisamment rapidement pour que ce ne soit qu'une phase
d'éveil de la machine. L'apparition des logiciels
professionnels comme le chiffrier et le traitement de texte affirment
la séparation entre l'outil et l'oeuvre. L'outil
étant le logiciel d'application et l'oeuvre étant les
fichiers créés par l'utilisateur. De fait cette
séparation était le début d'une
ré-appropriation personnelle possible dans la pratique
informatique professionnelle en laissant la partie outil aux
informaticiens. Cette implication était toutefois
freinée par les sorties difficiles vers l'imprimante qui
limitait la communication avec les non-initiés de
l'informatique. Le style machine à écrire gardait toute
sa connotation professionnelle.
Du différé au direct
Dans la deuxième moitié des années 80 et en
particulier en 1984 avec la mise en marché à grande
échelle du Macintosh, la micro-informatique s'est
transformée fondamentalement. Les deux nouveautés
extraordinaires pour l'époque ont été la
possibilité de ranger visuellement son
travail comme dans un vrai bureau et que le travail
réalisé sur l'écran ressemble exactement
à celui qui s'imprimait. Pour réussir ce changement
incroyable, l'ordinateur passe du traitement des lettres et des
chiffres au traitement du dessin.
Par ces deux changements fondamentaux, toute la connaissance pour faire marcher la machine fondait à vue d'oeil et toute la place était donnée à la fabrication du fichier. L'ordinateur devenait complètement personnel.
Comment dans ces conditions rester ou devenir professionnel ?
Il aura fallu à peu près 10 ans et la généralisation de Windows pour admettre que l'expression personnelle n'est pas contradictoire avec le professionnalisme et est surtout la seule voie possible pour que l'utilisation de l'ordinateur ne soit pas un effort supplémentaire obligatoire pour travailler mais un outil d'aide au travail. Toutefois, en nous redonnant le maximum de liberté, les dérapages vers le non-professionnalisme sont possiblement nombreux.
Le classement est sans nul doute le premier dérapage qui sépare l'activité personnelle de l'activité professionnelle.
L'espace et le temps
Le premier problème de rangement est celui de la place occupée et de l'accès rapide à l'information. Ce problème ne se pose pas dans un stock d'informations fixe comme un livre mais se pose dans un stock d'informations extensible comme notre travail. Chaque jour apporte son lot de fichiers nouveaux ou simplement ré-actualisés. Si on stocke tout en vrac dans le même endroit ça prends assez peu de place mais quand on veux reprendre quelque chose, il faut fouiller et si la pièce dans laquelle on entasse l'information est grande, il y a de fortes chances pour que l'on ne retrouve jamais l'information désirée. Pour retrouver l'information, il faut la ranger.
Continu et discret(7), le têtard et la grenouille
Il
y a deux façons de voir le monde; soit dans une
évolution continue et insensible comme la transformation du
têtard en grenouille soit comme des étapes
différenciées et sans mélange, il y a le
têtard d'une part et il y a la grenouille d'autre part. Il en
est de même dans les classements. On a des classements continus
comme l'ordre alphabétique ou l'ordre chronologique et des
classements discrets (discontinus) comme les divers styles de jardins
ou les diverses professions qui interviennent dans la
réalisation d'un aménagement ou encore les diverses
étapes dans la gestion du projet. Le passage du discret au
continu se fait par une globalisation des éléments
fins. Les ordinateurs ont opté pour une vision discrète
du monde. On range donc dans un ordinateur en faisant des paquets
indépendants les uns des autres. Pour pallier au
problème d'envahissement, on opère le rangement dans
une structure hiérarchisée. On fait des paquets de
paquets. On représente souvent cette structure sous forme d'un
arbre avec le premier niveau de hiérarchie donné par
les grosses branches puis les niveaux suivants par les branches
secondaires qui se divisent et se re-divisent pour arriver aux
rameaux et enfin au feuilles. Dans l'ordinateur, les embranchements
sont les répertoires ou dossiers et les feuilles les fichiers.
Quand on regarde l'ensemble des fichiers et leur hiérarchie on
se fait une idée de l'arbre.
Le rangement fait toute la différence d'identité.
Chacun dans ses apprentissages, et dépendant de sa
personnalité se forge une représentation du monde qui
lui permet de comprendre et d'agir sur son milieu de vie. La
meilleure représentation de ce monde est sans conteste le
jardin, mais tous les autres espaces modifiables sont soumis à
la même loi implacable d'être, à l'image de la
représentation mentale du monde des personnes qui ont pouvoir
de le modifier.
Dans un ordinateur personnel la structure de stockage des fichiers est complètement à disposition de son utilisateur. C'est donc un lieu privilégié de l'expression personnelle.
La structure du classement des fichiers est parfaitement représentative des travaux réalisés, des relations entre les travaux qui sont réalisés et de la façon dont on conçoit l'évolution de ces travaux.
Le rangement des fichiers sur les plantes, un bon exemple de mondes divers.
Imaginons un instant que Linné eut un ordinateur personnel. L'étude des végétaux telle que proposée par la botanique répertorie et détaille chaque éléments de la plante pour pouvoir la situer par proximité parentale dans un schéma général d'évolution(3). Cette structure arborescente est tout à fait adaptée pour se transformer en répertoires et sous répertoires puis enfin en fichiers de plantes dans l'ordinateur. Elle donne une vision continue de l'évolution si on ne regarde que le feuillage du classement.
Imaginons maintenant que La Quintinie ait eu son PC. Spécialiste horticole pour Louis 14, il aurait certainement ordonné son classement selon les divers principes de culture des plantes. Celle-ci s'adapte aussi parfaitement à la structure hiérarchique de l'ordinateur. Ce classement donne une vision discrète du monde horticole.
Personnalisation et communication de la structure de classement
Autant de mondes, autant de structures de dossiers et sous-dossiers. Si l'ordinateur reste totalement personnel et n'est nullement destiné à être utilisé par une autre personne, plus la représentation du monde sera proche de l'utilisateur plus elle sera efficace mais plus il sera difficile voir impossible pour quelqu'un d'autre d'utiliser cette structure. Est-il vraiment possible de faire un travail professionnel sans avoir à transmettre à aucun moment une partie de son travail ? Cela me paraît impossible dans un jeu commercial. Cette personnalisation est aussi la voie royale pour empêcher tout développement de l'activité.
Il faut donc accepter une perte de productivité personnelle pour gagner une productivité collective.
Mondes multiples
En
architecture de paysage on prend l'habitude d'avoir des projets qui
sont des objets possibles pour plusieurs représentations du
monde, notre jardin aura une lecture fonctionnelle, une lecture
esthétique, une lecture éco-biologique etc. La
multiplicité des représentation est tout à fait
possible dans les structure de classement des ordinateurs mais elle
nécessite des tables de références et c'est
là que les problèmes de rangement commencent.
Les
tables ou index ou pointeurs ou alias ne font que décrire de
subtiles différences pour dire que le fichier qu'on cherche et
qui potentiellement aurait pu être ici se trouve en fait
ailleurs. Dans ce cas, la localisation et même le nom du
fichier réel n'a que peu d'importance le rangement pourra se
faire par exemple selon l'ordre d'arrivée, en revanche le ou
les classements visibles par l'utilisateur ne porterons que sur les
références. Le seul problème est que ces
références doivent obligatoirement être exactes
sinon le fichier existera mais ne pourra être retrouvé.
Avec les pointeurs vers les fichiers, la personnalisation ne se fait
pas au niveau du rangement elle se fait au niveau de l'indexage.
De l'indexage au réseau
De fait les systèmes de classement sont des mondes vus dans
leur ensemble ou presque. Ils donnent une compréhension
générale qui permet ensuite de détailler les
éléments qui le compose. Depuis peu et grâce au
système d'indexation, le monde n'a pas besoin d'être
connu pour que l'on commence à entrer dedans et à s'en
servir. Il ne s'agit plus d'un système de compréhension
mais d'exploration du monde par proximité. La
facette World Wilde Web de l'Internet est la démonstration
éclatante de cette façon de regarder le monde comme un
explorateur, sans préconception de celui-ci. Le rangement des
fichiers de son ordinateur personnel peut maintenant prendre cette
forme nouvelle. En rendant indépendant l'utilisation du
fichier par rapport à son rangement. Ce dernier peut prendre
des qualités qui n'ont aucun rapport avec la signification du
monde de l'utilisateur. S'il est désormais possible
d'écrire selon un schéma en réseau, la
pensée qui en résulte n'est pas facile à
maîtriser. Il nous faudra encore une dizaine d'années
pour être à l'aise avec cette nouvelle structure. Une
conception en évolution, concomitante avec son exploration,
est maintenant possible.
Les logiciels de base, des outils faciles à utiliser mais difficiles à bien utiliser
Pendant que les micro-ordinateurs devenaient facilement
programmables, les professionnels de la programmation mettaient au
point les principes des logiciels les plus utiles à une
activité professionnelle avec peu ou pas de graphisme que sont
les traitements de textes, les tableurs ou chiffriers et les bases de
données. De
fait ces trois types de logiciels couvrent la majorité des
besoins d'activité professionnelle et sont directement issus
de pratiques existantes, textes dactylographiés, tableaux
comptables et fiches cartonnées. Mais l'informatique n'aurait
eu aucun intérêt par rapport à ces outils
précédents si elle n'avait pas apporté une
dimension complètement nouvelle, celle de l'essai sans
conséquences graves à part celui de la perte de temps
(ce qui n'est vraiment pas professionnel). Avec l'ordinateur on peut
se permettre de faire une faute de frappe dans un texte sans
recommencer la page au complet, on peut changer une valeur dans un
tableau sans recommencer tous les calculs qui en découlent et
on peut changer le classement des fiches sans conséquence sur
les boites de rangement. Ce droit à l'erreur implique que le
niveau du professionnalisme nécessaire pour commencer à
travailler est bien inférieur. Le seul problème qui se
pose est de tout de même atteindre le niveau professionnel. La
formation qui était préalable, se trouve maintenant
possible à réaliser simultanément à
l'activité professionnelle. Avec un accès plus rapide
à la production, ces outils donnent l'apparence trompeuse d'un
besoin inférieur en formation. Toutefois, pour obtenir un
résultat vraiment professionnel, y compris dans le temps de
fabrication, il faut compenser le manque de formation initiale par
une formation continue importante.
Du "trois en un" au "trois, un par un"
Dans un travail à la main, on fait tout simultanément pour produire son oeuvre. Pour écrire un texte, on règle en même temps le choix des mots, la disposition dans la page et le dessin de chaque lettre. Ces trois éléments sont si intimement mêlés qu'on a peine à les départager. Il n'en va pas de même en informatique. Tout est clairement identifié. En conséquence, les logiciels actuels fonctionnent en trois couches: une couche de données fournie par l'utilisateur, une couche de traitement des données fournie par le logiciel d'application et une couche d'apparence du résultat disponible également dans le logiciel d'application. Si les deux dernières couches ont l'air d'être semblables dans un traitement de texte, elles sont clairement différenciées dans un tableur ou dans une base de donnée.
Ajuster les données et le traitement, un premier savoir faire indispensable
Pour que l'outil logiciel puisse faire sont travail, il faut que l'utilisateur fournisse des données (première couche) digérables par le traitement (deuxième couche). Le plus énervant est certainement les formats de fichiers qui sont refusés par les logiciels ou traduits de façon tellement invraisemblables que s'en est inutilisable. Dans une activité personnelle on ne fonctionne qu'avec ses fichiers à soi pour ses logiciels à soi. Le problème survient dès qu'il faut livrer un produit sous forme informatique. La réaction personnelle est le plus souvent de fournir un produit sur support non informatique (et non retraitable) comme le papier. Les exigences actuelles de produits recyclables font rentrer les utilisateurs "personnels" de plein pied dans l'enfer des formats de fichiers. La réaction professionnelle est de limiter à un seul (idéal) le nombre de formats de fichiers pour les échanges. Le seul problème de ce format unique c'est que c'est soit un monstre gigantesque s'il offre de bonnes capacités de traitements variés soit un format qui ne répond que partiellement aux besoins s'il est version "diète ou allégé". Cette unification est très utile pour une production connue mais limite parallèlement toute nouvelle création. Elle est donc assez fondamentalement contraire avec nos habitudes créatives.
Les données indigestes ne sont pas seulement dues à
la codification informatique, elles existent aussi dans la
codification ordinaire de nos objets à traiter. Pour qu'un
traitement de texte puisse travailler il faut que les mots soient
séparés par un espace et un seul. C'est
une différence fondamentale entre la machine à
écrire et le traitement de texte qui n'est pas sans perturber
tous ceux qui ont tapé sur des machines à
écrire. Dans un chiffrer ou une base de données il faut
impérativement ne pas confondre les données
numériques et les données alphanumériques ce qui
peut laisser assez longtemps perplexe. Certains nombres deviennent
des chaînes de caractères parce qu'ils contiennent un
espace. Les Québécois utilisent simultanément
des logiciels français et anglais qui reconnaissent
différemment les points et les virgules dans les nombres au
risque de rendre le traitement impossible. Toutes ces facéties
du monde informatique ont tendance à nous faire oublier le
vrai pas à franchir qui transforme l'activité
personnelle en activité professionnelle à savoir les
règles de l'art.
Des règles anciennes spécifique au travail à réaliser autrement dit les règles de l'art.
Avec la facilité mais aussi et surtout les petites difficultés d'accès au traitement et à la présentation du résultat, on oublie l'objectif essentiel de l'oeuvre et les règles qui la régissent.
Produire un texte, pas de problèmes, mais il faut aussi respecter toutes les indications nécessaires pour que ce texte puisse prendre place dans un travail général, un classement facile, un positionnement dans les dossiers ou plus simplement une meilleure efficacité de communication. C'est toute cette codification discrète de références et de protocoles qui ne sont pas liés à l'informatique mais au savoir-faire du métier. Dans une structure professionnelle un peu conséquente, c'est le secrétariat qui est chargé de ces détails mais dans une structure personnelle pouvons-nous nous en passer pour faire un travail réellement professionnel ? La micro-informatique nous permet maintenant pratiquement tout sauf d'avoir les capacités professionnelles des éditeurs, des comptables, des documentalistes et bien d'autres que nous annonçons pouvoir remplacer à l'aide de notre micro-machine. Sur les capacités de traitement, il ne fait aucun doute que les machines en sont capable ou vont en être capables mais sur les compétences professionnelles il ne fait aucun doute que les professionnels omni-compétents seront l'exception et que l'omni-incompétence sera la règle.
D'abord et avant tout compétent dans notre métier
Pour qu'un projet puisse aboutir, il faut qu'il germe et se développe. La préparation du substrat au projet est une phase très importante et nous en parlons tout au long de ce séminaire de formation continue. Essentiellement fait de contacts humains, ceux-ci doivent être formalisés dans des documents de traces qui sont utiles pour le protocole social et seront utiles pour les choix ultérieurs du projet. La seule aide fiable pour l'instant est le traitement des textes et très partiellement le chiffrier.
Les présentations des projets précédents requièrent une grande qualité graphique et le traitement de texte permet d'augmenter la qualité graphique des textes. En revanche les micro-ordinateurs sont globalement incapables de traiter de l'ensemble de la représentation graphique de nos projets.
Pour le projet lui-même, les domaines où la chaîne d'acquisition, de traitement et de mise en forme définitive est complète et possible à réaliser sont extrêmement rares. En revanche, les intrusions partielles de traitement sont possiblement nombreuses.
Pour les textes et les chiffriers, la maturité est atteinte. Les deux seules limites sont la cohérence informatique (matériel et logiciel) et notre compétence (informatique et professionnelle). On peut même croire que la maturité est atteinte pour les documents mixtes textes et calculs à l'aide des logiciels intégrés, les "works".
L'intégration des traitements dans un seul document: encore un rêve.
Les logiciels intégrés affichent la capacité de manipuler ensembles des éléments relevant de traitements qui n'ont rien à voir entre eux comme le texte, le calcul, le graphisme. En pratique, à part pour les démonstrations ou des mélanges vraiment très simplistes, cette capacité est largement sur-évaluée. Le montage à la main est radicalement plus efficace. Un travail réel, c'est trente ou cinquante pages. Il n'est pas questions de mettre une image par page sans que cela tourne au cauchemar. Pour être professionnel le montage informatique d'une telle quantité d'information requiert des logiciels spéciaux, une formation spéciale et une préparation particulière des éléments qui seront assemblés. Ce mode de fabrication relève des compétences de l'imprimeur et professions associées. Pour nos documents usuels, dans un rapport coût / efficacité, l'association micro-informatique photocopieur a encore un avenir. L'élaboration des documents se fait avec un texte ou sont réservées les places d'insertion des autres types de travaux. Les réserves sont élaborées à l'aide des retours à la ligne, des marges variables, des colonnes ou de graphismes très simples de cadres. Il ne faut absolument pas oublier que la mise en page est l'élément final d'un travail, il faut donc la limiter le plus possible en cours d'élaboration du document. Quand la mise en page commence, il ne devrait plus être question d'avoir à revenir sur l'élaboration du texte.
Amalgamé ou séparé, invention et production
L'invention est généralement un tout complexe dont les divers éléments interfèrent les uns avec les autres. La production est au contraire une fabrication d'éléments indépendamment les uns des autres et d'un assemblage final. La différence essentielle entre ces deux modes est que dans l'invention, l'objet n'est connu qu'à la fin. Dans la production, il est connu dès le départ. La production est indiscutablement du côté professionnel et l'invention à toujours penché vers le côté personnel. De fait, il est possible de rendre plus professionnelle l'invention en établissant le connu initial et ses éléments non pas dans l'oeuvre à réaliser mais dans le processus d'élaboration de cette oeuvre. Les écoles qui forment les professionnels d'art du paysage et des jardins sont directement en contact avec cette réalité individuelle de l'invention et le professionnalisme nécessaire à la survie sociale des diplômés(4).
Étapes complètes par ordinateur
Hormis les étapes administratives du projet qui sont entièrement informatisables avec la micro-informatique, car elle ne comportent que la manipulation de texte et de chiffres, certaines étapes du projet qui comportent du graphisme sont aussi entièrement micro-informatisables ou presque.
L'étape des simulations
La
simulation dans l'art des jardins n'est pas nouvelle et le terme de
paysagiste désigne entre autres des peintres. En effet, si les
peintres paysagistes apparaissent avec la renaissance, moins d'un
siècle plus tard, un certain nombre d'entre eux passeront aux
actes pour transformer leurs tableaux en paysages réels.
Les simulations peuvent intervenir soit dans les analyses pour montrer une évolution normale du lieu soit dans le projet pour montrer l'aspect souhaité. Il est extrêmement rare que l'on puisse se dispenser de simulations. Selon nos compétences et le budget dont nous disposons et en conséquence du temps que nous pouvons accorder à ces simulations cela va de la coupe et du croquis d'ambiance général à la simulation au réalisme photographique. Je parle ici du processus de simulation au sens le plus strict ce qui n'empêche nullement d'agrémenter ces dessins d'effets visuels divers pour les rendre plus accrocheurs ou expressifs sur un autre plan, symbolique par exemple.
Habiller du fil de fer
La simulation à partir de modèles calculés, typiquement un squelette "fil de fer", cher aux ingénieurs, manque singulièrement de l'habillage qui lui donne vie. L'habillage par des textures donne de bons résultats pour les objets durs mais est décevant pour les objets à facettes très nombreuses comme les végétaux. De plus ils sont gourmands en capacité de calcul et ne relèvent plus de la micro-informatique pour des projets même de petite dimension. Il faut prévoir des équipes entraînées et plusieurs ordinateurs pour les divers traitements sous peine de livrer le produit très en retard. Les modèles "fil de fer" sont en revanche très utiles comme trame pour faire une simulation à la main sans passer du temps à la monter.
Le photo-réalisme est accessible
Les
simulations bidimentionnelles photo-réalistes sont en revanche
désormais complètement accessibles(5).
La chaîne de traitement commence par une image papier
scannée ou si le projet est un peu plus gros par une
série de diapositives données à un prestataire
de service pour les numériser sur CD. Un bon logiciel de
retouche d'images est nécessaire. Photoshop reste un classique
mais on en obtient maintenant d'excellents fournis gratuitement lors
de l'achat d'un scanner. Se servir d'un logiciel de retouche d'image
ne demande que quelques dizaines d'heures d'entraînement si on
sait dessiner ce qui par ailleurs requiert au minimum 150 heures de
formation et plus généralement quelques années
de pratique régulière. Hormis ce détail pour les
architectes paysagistes pour lesquels le dessin est une seconde
nature, le travail de l'image sur écran ne pose pas de
réelles difficultés. J'oubliais de signaler que la
simulation étant une image, si on veut qu'elle soit
réaliste, il ne suffit pas qu'on reconnaisse les objets, il
faut qu'elle décrive une réalité concrète
du pays et 4 années de formation en architecture de paysage ne
sont pas de trop à cet effet.
Choisir la bonne sortie
La difficulté survient lorsque l'on veut faire passer un dessin de l'écran vers une imprimante; non pas en terme de qualité de couleur, qu'avec un peu d'habitude et une formation supplémentaire d'une quinzaine d'heures on arrive à maîtriser, mais en terme de dimensions. Les imprimantes couleurs actuelles sont ridiculement petites. Pour obtenir des dimensions plus compatible avec des présentations usuelles il faut recourir à des imprimeurs professionnels et là nous ne sommes vraiment plus dans des pratiques personnelles. La seule sortie des simulations en grand format, possible à réaliser et d'excellente qualité, est la photographie d'écran. Un pied photo, une pellicule diapositives, une vitesse inférieure au quart de seconde et un diaphragme tel qu'indiqué par la cellule photo électrique et vous pouvez réaliser votre série de projection dans la nuit car il faut éviter les reflets sur l'écran. La norme actuelle de plus de 800 points de large des écrans donne de très bons résultats. Une deuxième pellicule pour photo papier et vous pourrez monter à la main vos documents pour photocopie couleur avec une perte de qualité certaine, mais beaucoup plus rapidement qu'avec n'importe quelle imprimante.
Plans, système d'information géographique, télédétection, être professionnel ne veux pas forcément dire manipuler soi-même les ordinateurs
Pour
les autres parties du projet, et plus particulièrement celles
reliées aux plans, les logiciels et les équipements en
terme de traitement complet de la chaîne de production
(introduction des données, traitement des données,
sorties du résultat) ne sont pas du domaine de l'informatique
personnelle. Seule une intrusion dans une chaîne
professionnelle pour une petite partie du processus est possible.
Deux choix sont possibles dépendant de vos clients. Soit
s'équiper exactement de la même façon que vos
clients et ne faire d'incursion que dans la partie des traitements de
l'information en leur laissant les problèmes d'entrée
et de sortie des données ou bien, si votre client dispose d'un
système que vous ne pourrez en aucune façon vous payer,
vous pouvez fournir au technicien qui s'occupe de ce système
les indications pour qu'il introduise vos préoccupations de
paysage dans sa machine. Dans cette dernière façon de
faire, il est certain que vous devez parfaitement connaître les
principes de base du logiciel utilisé. Chaque grand type
de
logiciel a un noyau de principes de base que chaque logiciel
spécifique essaye de mettre le mieux possible en oeuvre. La
connaissance de ces principes de base est nécessaire pour que
les données paysagères que vous fournirez à
votre client soient digérables par son système de
traitement. La connaissance des traitements possibles est aussi
nécessaire pour évaluer les résultats possible
sur vos données et indiquer à votre client les
traitements qui ont du sens et ceux qui n'en ont pas(6).
(1) Histoire de l'ordinateur: http://www.uvp5.univ-paris5.fr/staticmed/E-INFO/Cours/eaoinfo/historique.html
(2) Naissance des micro-ordinateurs: http://apple2history.org/history/ah01.html
(3) Classification botanique:
http://www.apa.umontreal.ca/gadrat/c/classifications/evolution.html
http://www.apa.umontreal.ca/gadrat/c/classifications/classifbota.html
(4) Le plan de cours de l'atelier "Design des
espaces publics" est révélateur de cet effort de
professionalisation sans perte de créativité.
http://www.apa.umontreal.ca/gadrat/cours/APA2301/apa2301.html
(5) Voir le paysage pour faire son jardin.
http://www.apa.umontreal.ca/gadrat/recherche/p1996oct/p1996oct.html
(6) Paysage, éléments de paysages et gestion de paysages par système de cartes article prévu pour la revue de géographie alpine
(7) Continu et discret
http://www.apa.umontreal.ca/gadrat/c/couleur/partitivite/continuetdiscret1.html